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Mémoire de la CODP présenté dans le cadre de l’enquête de l’ombudsman sur les directives fournies aux services de police par le ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels pour désamorcer les situations de conflit

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Mémoire de la Commission ontarienne des droits de la personne présenté dans le cadre de l’enquête de l’ombudsman sur les directives fournies aux services de police par le ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels pour désamorcer les situations de conflit

Juillet 2014

Les personnes aux prises avec des troubles mentaux font souvent partie des groupes les plus vulnérables de l’Ontario. Bon nombre d’entre elles se heurtent à des défis particuliers dans leur milieu de vie, en milieu de travail et au sein de nos collectivités. Les personnes en situation de crise occasionnent aussi des défis particuliers pour les services de police qui doivent envisager le recours à la force.

Sur le plan des droits de la personne, cela est source de nombreuses préoccupations. La Commission ontarienne des droits de la personne (CODP) n’a pas pour rôle d’émettre des commentaires sur des affaires individuelles, laissant plutôt aux experts le soin de le faire. Elle a toutefois pour rôle d’examiner les questions et préoccupations qui sont couramment soulevées, et de proposer des moyens de les résoudre.

Nous apprécions cette occasion de donner notre point de vue dans le cadre de votre examen portant sur les directives données aux services de police par le ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels (MSCSC) pour désamorcer les situations de conflit. Notre mémoire examine le rôle des politiques et lignes directrices concernées, élaborées par le MSCSC. Bon nombre de nos recommandations s’appliquent aux services de police de l’ensemble de l’Ontario et exigent de la part du MSCSC des directives claires.

De nombreuses personnes aux prises avec des troubles mentaux ont eu par le passé et continuent d’avoir des contacts avec les services de police, parfois avec des résultats désastreux. Nous avons nous-mêmes constaté de telles situations, ou en avons entendu parler de la part de membres et d’organisations de la collectivité. On nous a également fait part de préoccupations selon lesquelles la façon dont la police fait usage de la force affecte d’autres groupes marginalisés dans la société canadienne, y compris les personnes racialisées et les Autochtones.

Les préoccupations que ces situations soulèvent n’ont rien de nouveau. Elles ont malheureusement été soulevées par le passé, sans jamais avoir été résolues. Certains des thèmes dont il est question dans ce mémoire ont été présentés au jury chargé de l’enquête de coroner sur les décès de Reyal Jardine-Douglas, de Sylvia Klibingaitis et de Michael Eligon. Bon nombre des recommandations des membres du jury, publiées le 12 février 2014, font écho à celles de la CODP. Ces recommandations touchent par exemple le besoin de recueillir et d’analyser des données sur l’usage de la force et des données relatives aux droits de la personne, d’offrir une formation intégrée basée sur des mises en situation, d’accroître la disponibilité des équipes d’intervention en cas d’urgence, de consulter les groupes d’usagers/de survivants et d’examiner davantage le recours aux armes à impulsions.

La CODP a également présenté les recommandations figurant dans les présentes dans le cadre de l’examen indépendant de l’usage de force létale par le service de police de Toronto, sous la houlette de l’honorable Frank Iacobucci, et dans le cadre de l’examen systémique du recours à la force par le service de police de Toronto réalisé par le Bureau du directeur indépendant de l’examen de la police.

Le défi sera de mettre des recommandations en application. L’heure est venue de le faire.

La commissaire en chef de la Commission ontarienne des droits de la personne,

Barbara Hall, BA, LL.B, Ph.D (hon.)

Survol

Le recours à la force soulève des questions sur le plan des droits de la personne. Les services de police ont l’obligation d’offrir un environnement de services libre de toute discrimination aux personnes aux prises avec des troubles mentaux réels ou perçus, y compris les personnes racialisées, ainsi qu’aux autres personnes bénéficiant de la protection du Code des droits de la personne (Code).

Le présent mémoire présente des principes de droits de la personne, des sources de préoccupation et des recommandations d’action dans les secteurs d’activités suivants :

  • Armes à impulsions
  • Formation
  • Élaboration de politiques et de procédures
  • Collecte et transmission de données
  • Équipes d’intervention en cas d’urgence
  • Utilisation de l’expression « personne perturbée sur le plan émotif » (« emotionally disturbed person »)
  • Modèle de recours à la force de l’Ontario.

Nous reconnaissons que les contacts entre les personnes aux prises avec des troubles mentaux et les services de police ont considérablement augmenté et que, dans la majorité des cas, les agents de police accomplissent un travail difficile et stressant d’une manière professionnelle qui respecte les droits de la personne. Nous reconnaissons également que la sécurité des agents de police et des membres de la population est un enjeu important qui doit être pris en compte.

Le présent mémoire s’inspire de nombreux exemples tirés du service de police de Toronto (SPT), qui a déployé des efforts considérables pour résoudre plusieurs des défis que nous avons cernés. Cependant, bon nombre de nos recommandations s’appliqueraient à l’ensemble de la province et exigeraient de la part du MSCSC des directives claires. Le MSCSC est chargé de surveiller les services policiers offerts en Ontario, d’élaborer et de mettre à jour le manuel des normes policières et d’inspecter les services de police pour veiller à ce qu’ils se conforment à la Loi sur les services policiers. Les directives données par le MSCSC sur le recours à la force par la police et la santé mentale sont cruciales pour aider les services de police à garantir un environnement exempt de toute discrimination.

La Commission ontarienne des droits de la personne

La CODP est un organisme provincial créé en vertu d’une loi qui est chargé d’assurer la promotion et l’avancement des droits de la personne et de prévenir la discrimination en Ontario. Pour qu’elle accomplisse son mandat, l’article 29 du Code confère à la CODP une variété de pouvoirs lui permettant, entre autres, de repérer et de surveiller les problèmes systémiques relatifs aux droits de la personne, de formuler des recommandations en vue d’éliminer les pratiques discriminatoires, d’élaborer des politiques en matière de droits de la personne, de sensibiliser la population, de mener des recherches, des examens et des enquêtes, et d’intervenir stratégiquement dans des affaires de droits de la personne et de discrimination portées devant les tribunaux. Le mandat de la CODP inclut la préparation de mémoires à l’intention du gouvernement et d’autres organisations dans le but d’accroître la compréhension des mesures législatives et principes relatifs aux droits de la personne.

La CODP, qui compte plus de 50 années d’expérience en promotion des questions de droits de la personne en Ontario, possède une expertise considérable en matière d’identification, de caractérisation et d’élimination de nombreuses formes de discrimination. Son expertise relative aux questions et concepts de droits de la personne s’étend tout particulièrement au contexte de la santé mentale et du maintien de l’ordre.

La CODP participe actuellement à un projet de droits de la personne en collaboration avec le MSCSC et le ministère des Services gouvernementaux (MSG). Les partenaires de ce projet collaborent à l’identification et à l’élimination de tous les cas de discrimination liée aux activités d’emploi et aux services du MSCSC, y compris la discrimination à l’endroit des personnes aux prises avec des troubles mentaux.

La CODP a entrepris un projet semblable avec le SPT et la Commission de services policiers de Toronto, et collabore actuellement à un projet pluriannuel d’apport de changement organisationnel centré sur les droits de la personne avec le service de police de Windsor, la Commission des services policiers de Windsor et le Collège de police de l’Ontario. Parmi les travaux accomplis jusqu’à présent figurent l’élaboration de politiques sur la discrimination à l’endroit des personnes handicapées en milieu de travail et dans le contexte de l’obtention de services, et l’accommodement des besoins à ce chapitre. Dans l’ensemble, les efforts déployés visent à intégrer les principes de droits de la personne à tous les aspects des activités des organisations, y compris la prestation de services aux personnes aux prises avec des troubles mentaux.

Récemment, la CODP est également intervenue devant le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario dans l’affaire Jahn v. Ministry of Community Safety and Correctional Services pour se prononcer sur les questions systémiques ayant fait en sorte que Mme Jahn ne reçoive pas de services de santé mentale appropriés et soit placée en isolement. La CODP, le MSCSC et Mme Jahn sont parvenus à un règlement qui permettra d’accomplir de grandes avancées pour repérer les femmes aux prises avec des troubles mentaux et leur assurer des soins appropriés dans les établissements correctionnels provinciaux.

La santé mentale fait partie des priorités stratégiques de la CODP depuis 2009. La CODP a mené une consultation sur les droits de la personne, les troubles mentaux et les dépendances à l’échelle de la province et a publié Parce qu’on importe! Rapport de la consultation sur les droits de la personne, les troubles mentaux et les dépendances (voir l’Annexe A). Ce rapport s’inspire de plus de 1 500 mémoires provenant d’usagers/de survivants, de personnes intervenant en leur nom, d’organisations et d’autres membres de la population des quatre coins de la province. Le rapport inclut des recommandations à l’intention du gouvernement et des fournisseurs de logements et de services, des employeurs et d’autres parties prenantes, ainsi qu’une série d’engagements que prend la CODP en vue de réduire la discrimination fondée sur les troubles mentaux et les dépendances en Ontario. S’inspirant des précieux commentaires reçus lors des consultations menées pour Parce qu’on importe!, la CODP a élaboré sa Politique sur la prévention de la discrimination fondée sur les troubles mentaux et les dépendances (voir l’Annexe B), qui fournit un aperçu complet des questions de droits de la personne touchant les personnes aux prises avec des troubles mentaux et des dépendances en Ontario.

Le Code des droits de la personne de l’Ontario

Le Code des droits de la personne de l’Ontario assure à toutes et à tous un traitement équitable sans discrimination en matière de services, y compris les services policiers. Le Code s’applique donc aux politiques, aux pratiques et à la conduite de tous les services de police de l’Ontario (à l’exception de la Gendarmerie royale du Canada, qui est régie par la Loi canadienne sur les droits de la personne). Le Code a primauté sur toute autre loi de l’Ontario, à moins que la loi en question n’énonce expressément qu’elle s’applique malgré le Code. Par conséquent, lorsqu’il y a un conflit entre ce que prévoit le Code et ce que prévoit une autre loi, le Code doit l’emporter.

Le Code interdit la discrimination fondée sur des caractéristiques personnelles, appelées « motifs ». Ces motifs sont les suivants : citoyenneté, race, lieu d’origine, origine ethnique, couleur, ascendance, handicap, âge, croyance, sexe (y compris la grossesse et l’allaitement), état familial, état matrimonial, orientation sexuelle, identité sexuelle, expression de l’identité sexuelle, état d’assisté social (en matière de logement) et casier judiciaire (en matière d’emploi). Le motif du handicap inclut les troubles mentaux passés, actuels ou perçus.

Le Code protège à la fois contre la discrimination directe et contre la discrimination par suite d’un effet préjudiciable. Certaines personnes pourraient faire l’objet de discrimination directe en raison de leur association à un ou plusieurs motifs du Code. Par exemple, le fait de dire à une personne qu’on ne peut pas l’embaucher parce qu’elle est handicapée constitue de la discrimination directe. Ce genre de discrimination peut être fondé sur des stéréotypes conscients ou inconscients à l’endroit d’un groupe particulier.

Les stéréotypes sont des suppositions faites à propos d’une personne en raison des qualités ou caractéristiques présumées du groupe auquel on associe cette personne. Par exemple, durant les consultations ayant mené à la rédaction du rapport Parce qu’on importe!, certains intervenants nous ont fait part de leurs préoccupations à l’égard du fait que des hôpitaux faisaient couramment appel au personnel de sécurité lorsque le dossier de patients contenait un diagnostic de trouble mental, une réaction fondée sur le stéréotype voulant que les personnes aux prises avec certains troubles mentaux soient particulièrement dangereuses ou violentes[1].

La discrimination « indirecte » ou « par suite d’un effet préjudiciable » est le résultat de pratiques, politiques, règles, normes ou autres facteurs qui donnent l’impression de neutralité, mais qui ont un effet préjudiciable sur certaines personnes et certains groupes en raison de leur association à un motif du Code. Il arrive à des organisations d’élaborer des politiques, des lignes directrices et des pratiques qui excluent des personnes protégées par le Code ou omettent de prendre en compte leurs situations et besoins réels. Cela peut constituer une forme de « discrimination systémique ».

Au sein de la société canadienne, la discrimination par suite d’effet préjudiciable est plus courante que la discrimination directe, et plus difficile à déceler. Certaines organisations peuvent ne pas être conscientes qu’elles effectuent de la discrimination par suite d’effet préjudiciable ou de la discrimination systémique. La discrimination par suite d’effet préjudiciable ou la discrimination systémique peuvent également se superposer à d’autres formes de discrimination, ce qui défavorise encore davantage les groupes marginalisés. Par exemple, l’effet préjudiciable de la politique d’une organisation sur les personnes aux prises avec des troubles mentaux peut être aggravé si le personnel chargé d’appliquer la politique adopte une attitude discriminatoire.

Certaines politiques, règles ou normes qui ont un effet préjudiciable sur un ou plusieurs groupes particuliers peuvent néanmoins se justifier. Par exemple, une organisation pourrait être en mesure d’établir un lien entre une politique, une pratique ou une norme ayant un effet négatif, et de réelles préoccupations sur le plan de la santé ou de la sécurité. Cependant, l’organisation doit également démontrer qu’il n’existe aucune autre façon de tenir compte des enjeux réels ou considérables sur le plan de la santé ou de la sécurité sans s’attirer de préjudice injustifié.

Une personne peut également faire l’objet de discrimination fondée sur le chevauchement de plusieurs aspects entrecroisés de son identité. Par exemple, un jeune homme noir peut être perçu à la fois comme « Noir », comme « jeune » et comme « homme ». Ces trois aspects de l’identité se chevauchent et peuvent aussi s’entrecroiser de façon significative sur le plan social. La personne peut donc faire l’objet de discrimination en raison de sa race, de sa couleur, de son âge ou de son sexe, ou d’une combinaison de ces motifs. Elle peut aussi faire l’objet d’une forme de discrimination intersectionnelle unique, fondée sur son identité de « jeune homme noir », en fonction de la variété de suppositions ou de stéréotypes associés à cet entrecroisement socialement significatif de motifs.

Durant les consultations menées dans le cadre de Parce qu’on importe!, nous avons appris que certaines personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale ou de dépendances faisaient l’objet de formes de discrimination uniques ou distinctes en raison de leur association à deux motifs du Code ou plus. Par exemple, nous avons appris que les jeunes hommes canadiens d’origine africaine ayant un trouble psychique ont plus de difficulté à trouver un logement en raison de stéréotypes liés à la race, à l’âge, au sexe et au handicap[2].

D’autres motifs du Code, comme l’identité sexuelle, le sexe, la croyance, l’ascendance (y compris l’ascendance autochtone), l’état matrimonial et le handicap (y compris les troubles mentaux) peuvent entraîner le même type de discrimination intersectionnelle. Dans ces domaines aussi, la population peut être victime de suppositions et de stéréotypes.

1) Armes à impulsions (connues sous le nom de Tasers)

Le 27 août 2013, le MSCSC a annoncé que tous les services de police pouvaient dorénavant décider lesquels de leurs agents porteraient une arme à impulsions. Par le passé, l’Ontario restreignait l’usage des armes à impulsions à certains agents désignés, dont les membres d’unités tactiques, d’équipes de libération d’otages et d’équipes de confinement, et aux superviseurs de première ligne[3].

La CODP n’a pas d’expertise en matière d’options de recours à la force et ne prend pas position quant à l’usage des armes à impulsions ou à son expansion. Cependant, le recours accru aux armes à impulsions maintenant ou à l’avenir soulève bon nombre de questions relatives aux droits de la personne, pour les raisons suivantes :

  • Des personnes peuvent être maîtrisées à l’aide d’une arme à impulsions en raison de suppositions inappropriées ou stéréotypées relatives à la santé mentale.
  • En tant que groupe, les personnes aux prises avec des troubles mentaux ont tendance à avoir des contacts plus fréquents avec les services de police[4] et pourraient être plus susceptibles d’être maîtrisées au moyen d’une arme à impulsions en raison de leurs comportements et réactions aux directives de la police, lesquels peuvent sembler inhabituels ou imprévisibles.
  • Les personnes ayant une maladie mentale sont plus susceptibles de mourir à la suite de l’utilisation d’armes à impulsions.

Les armes à impulsions pourraient être plus susceptibles d’être utilisées sur les personnes aux prises avec des troubles mentaux[5] qui, parfois, se comportent de façon pouvant sembler inhabituelle, ne comprennent pas les directives de la police ou n’y réagissent pas d’une façon prévisible par rapport au comportement d’autrui[6]. Si elles sont en phase de « décompensation psychiatrique aiguë » ou en « réaction toxique d’origine médicamenteuse », les personnes ayant des problèmes de santé mentale pourraient également courir davantage de risques de mourir des suites du recours à ces armes[7][f1] . Une étude récente des décès des suites de l’utilisation d’armes à impulsions au Canada montre que les risques de décès pourraient être disproportionnés chez les personnes ayant des dépendances. Les chercheurs ont constaté que 16 des 26 personnes décédées à la suite de l’utilisation de ces armes avaient des « problèmes chroniques de consommation de drogues »[8].

Un rapport récent du Comité d’experts sur les incidences médicales et physiologiques de l’utilisation des armes à impulsions intitulé Effets sur la santé de l’utilisation des armes à impulsions (rapport Goudge) présente et examine plusieurs études portant sur les effets de l’usage d’armes à impulsions sur la santé des personnes aux prises avec des troubles mentaux. Selon le rapport, nous ne disposons pas de données suffisantes pour tirer des conclusions définitives sur les effets des armes à impulsions sur la santé et établir un lien causal entre l’usage de ces armes sur les personnes ayant des troubles mentaux et un quelconque résultat de santé physique ou mentale négatif. Cependant, le rapport indique qu’étant donné « la possibilité d’une interaction négative accrue entre les AI et les problèmes de santé chez certains individus atteints de troubles mentaux, cette question devrait constituer une priorité dans la recherche »[9].

Dans le cadre de l’enquête de coroner sur les décès de Reyal Jardine-Douglas, Sylvia Klibingaitis et Michael Eligon, le jury a aussi recommandé que le MSCSC « commande une étude sur les armes à impulsions pour déterminer si l’utilisation de ces armes auprès de personnes perturbées sur le plan émotif s’accompagne de préoccupations ou de risques particuliers »[10].

Afin de justifier le recours aux armes à impulsions dans les contextes où leur utilisation peut être jugée discriminatoire, le MSCSC et tous les services de police de l’ensemble de la province doivent prendre les mesures requises, jusqu’au point de préjudice injustifié, pour minimiser les effets préjudiciables du recours aux armes à impulsions sur les personnes ayant des troubles mentaux réels ou perçus, dont des dépendances. Cela s’applique également aux autres options de recours à la force. Les services de police devraient veiller à adopter des politiques et procédures appropriées pour encourager le désamorçage des conflits lorsque cela est possible et s’en tenir au niveau de force minimal requis dans les circonstances.

Cela cadre également avec plusieurs des recommandations de l’enquête de coroner sur les décès de Reyal Jardine-Douglas, Sylvia Klibingaitis et Michael Eligon[11].

Le MSCSC établit des lignes directrices sur le recours à la force à l’intention des services de police de l’Ontario. Ces lignes directrices révisées indiquent qu’un chef de police peut permettre à un agent d’utiliser une arme à impulsions quand :

  1. il juge que le sujet est menaçant ou affiche un comportement violent ou, compte tenu de l’ensemble des circonstances, que le sujet doit être maîtrisé immédiatement;
  2. il croit raisonnablement nécessaire d’utiliser une arme à impulsions, ce qui exige de tenir compte des facteurs suivants :
    1. l’efficacité des efforts déployés pour désamorcer la situation;
    2. l’impossibilité de donner des ordres verbaux ou le non-respect de ces ordres;
    3. les risques de blessures secondaires (p. ex., à la suite d’une chute);
    4. les capacités de l’arme à impulsions en fonction du contexte et de l’environnement[12].

La CODP se demande si le caractère subjectif de la norme de recours aux armes à impulsions des lignes directrices révisées et le seuil de risque y étant associé (c’est-à-dire comportement menaçant ou violent) pourraient avoir un effet préjudiciable sur les personnes aux prises avec des troubles mentaux. Ces personnes pourraient être plus susceptibles d’adopter des comportements pouvant être jugés menaçants ou violents en raison de leur état de santé. Ces comportements pourraient aussi réduire leur capacité de comprendre les demandes et directives d’un agent de police, et d’y répondre[13].

Selon les lignes directrices révisées, les agents ne sont plus tenus de prendre en compte l’efficacité des efforts déployés afin de désamorcer la situation, la possibilité de donner des ordres verbaux ou le respect de ces ordres[14][D2] . La CODP se préoccupe de l’effet que cela pourrait avoir sur les personnes ayant des troubles mentaux réels ou perçus. Les techniques de désamorçage aident à minimiser les effets préjudiciables du recours aux armes à impulsions sur ces personnes[15].

Nous recommandons de réexaminer les lignes directrices du MSCSC selon une perspective de droits de la personne. Ces lignes directrices ne semblent pas tenir compte des personnes qui pourraient présenter des symptômes associés à leur état mental ou ne pas paraître coopératives en raison de leur état mental, ni donner aux agents de police de directives sur le recours aux armes à impulsions auprès de ces personnes. Cela cadre avec la recommandation no 29 de l’enquête de coroner sur les décès de Reyal Jardine-Douglas, Sylvia Klibingaitis et Michael Eligon, qui indique que le MSCSC et le SPT devraient « étudier et évaluer les critères minimaux d’utilisation des armes à impulsions. Cette évaluation inclura une composante de consultation publique »[16].

La CODP est consciente que le MSCSC passe actuellement en revue la formation sur le recours à la force et le désamorçage des conflits en collaboration avec ses partenaires communautaires, y compris les pratiques exemplaires en matière d’intervention policière auprès des personnes en état de crise[17]. La CODP recommande au MSCSC de revoir également la formation sur le recours approprié aux armes à impulsions du point de vue des droits de la personne, en portant une attention particulière aux façons de réduire les effets préjudiciables du recours accru aux armes à impulsions auprès des personnes ayant des problèmes de santé mentale. Le MSCSC devrait mener cet examen en consultation avec des groupes d’usagers des services de santé mentale/de survivants et des experts du secteur des droits de la personne, de la santé mentale et des dépendances.

Les services de police devraient aussi se doter de politiques qui précisent quand les agents de police peuvent recourir aux armes à impulsions et quand leur utilisation n’est pas appropriée. Ces politiques devraient aborder spécifiquement la question du recours aux armes à impulsions auprès des personnes vulnérables comme les personnes ayant des problèmes de santé mentale, ainsi que le risque accru éventuel de décès des personnes intoxiquées ou aux prises avec une maladie mentale ou une dépendance. Elles devraient aussi indiquer que les agents de police doivent avoir des raisons valables de décharger leur arme sur un sujet. Les services de police qui disposent déjà de telles politiques et procédures devraient les réexaminer du point de vue des droits de la personne pour s’assurer que les critères établis n’ont pas d’effets préjudiciables sur les personnes ayant des troubles mentaux ou des dépendances réels ou perçus. Les politiques adoptées devraient être rendues publiques. Les services de police devraient aussi offrir une formation à tous les agents portant une arme à impulsions. Il est également essentiel qu’ils recueillent et transmettent des données relatives au recours à la force et aux droits de la personne. Le MSCSC devrait donner des directives claires à ce sujet aux services de police de l’Ontario.

Dans les pages suivantes, ce mémoire aborde plus en profondeur les questions de la formation et de la collecte et la transmission de données.

2) Formation

Plusieurs enquêtes de coroner menées par le passé évoquent la nécessité d’accroître la capacité d’offrir des services aux personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. Les recommandations visent à la fois les agents de première ligne et d’autres membres du personnel des services de police, comme le personnel de communication et de répartition[18].

Dans Parce qu’on importe!, la CODP a recommandé ce qui suit[19] :

Le Collège de police de l’Ontario et les services de police devraient offrir aux nouvelles recrues et agents chevronnés une formation sur les droits de la personne et l’obligation d’accommodement des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale ou des dépendances. Tous les agents de police, y compris les nouvelles recrues et agents chevronnés, devraient aussi suivre une formation sur les techniques de désamorçage des situations de crise utilisées par les équipes d’intervention en cas d’urgence. (Recommandation no 45)

Nous reconnaissons que le SPT a fait d’importants progrès en matière de formation des agents sur la prestation de services aux personnes ayant des troubles mentaux réels ou perçus. Par exemple, le SPT offre une formation annuelle sur l’utilisation des armes à impulsions et les contacts avec des personnes perturbées sur le plan émotif[20]. Au total, il semble qu’en 2013, la formation annuelle en cours d’emploi consacrait 150 minutes aux questions de désamorçage des conflits, de sensibilité et d’élimination des préjugés. Le programme de formation en cours d’emploi de 16 heures que tous les agents de première ligne doivent suivre chaque année consacre plus de six heures à des aspects quelconques de l’intervention auprès des personnes perturbées sur le plan émotif ou aux prises avec des problèmes de santé mentale[21].

Même si certains agents de police ont reçu une formation sur les droits de la personne et la santé mentale, nous recommandons que cette formation soit intégrée aux modules sur l’usage de la force et, le cas échéant, à d’autres programmes de formation, de façon à compléter et renforcer l’apprentissage, et le mettre en application. La CODP recommande aux services de police d’inclure des groupes d’usagers des services de santé mentale/de survivants et des experts du secteur des droits de la personne et de la santé mentale aux consultations sur l’élaboration de la formation intégrée.

De plus, la CODP recommande l’intégration d’une formation sur les préjugés et stéréotypes à la formation sur l’usage de la force. Cela renforcera la formation en fournissant une orientation sur la façon de reconnaître et d’éliminer les préjugés et stéréotypes pouvant contribuer aux décisions des agents sur le recours à la force, et pourrait préparer davantage les agents à distinguer, d’un côté, les menaces « réelles » fondées sur des éléments et des critères objectifs et, de l’autre, les suppositions sur la dangerosité fondées sur des préjugés et des stéréotypes[22][f3] .

Le profilage fondé sur la santé mentale est similaire au profilage racial : ils reposent tous les deux sur des stéréotypes durables et répandus[23]. Il est possible d’établir une analogie avec la justification offerte par le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario au moment d’ordonner de fournir une formation aux agents dans Nassiah v. The Regional Municipality of Peel Police Services Board. Dans cette affaire, le Tribunal a indiqué ce qui suit : « Si les agents n’ont pas de formation adéquate sur ce qui constitue une enquête ou du profilage basé sur des préjugés raciaux, ils pourraient adopter consciemment ou inconsciemment une telle conduite discriminatoire »[24].

L’idée d’une formation intégrée sur les partis pris, les stéréotypes et les préjugés se fonde sur une étude commandée par la Commission de la santé mentale du Canada. Cette étude met l’accent sur les contacts entre les agents de police et les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, et laisse entendre que les services policiers ne sont pas à l’abri des préjugés et de la stigmatisation associés à la maladie mentale. Bien qu’ils reconnaissent que les préjugés n’agissent pas sur la conduite de tous les agents de police, les auteurs font état du besoin d’intégrer à toutes les formations policières des stratégies visant à reconnaître et à éliminer les préjugés[25].

La CODP recommande également que tous les services de police passent en revue leurs programmes de formation et intègrent aux programmes appropriés des stratégies d’intervention auprès des personnes ayant des problèmes de santé mentale. Cela inclut l’intégration d’un volet sur la santé mentale et les techniques de désamorçage des conflits aux formations sur le recours à la force et l’usage d’armes à impulsions. Par exemple, les formations devraient inclure des scénarios dynamiques illustrant le fait que les personnes ayant des troubles mentaux peuvent se comporter d’une manière qui semble inhabituelle ou réagir aux directives des agents d’une façon qui n’est pas prévisible. Cela pourrait ne pas justifier le recours à une force supérieure. Les agents devraient plutôt être formés de manière à effectuer le désamorçage des conflits lorsque cela est possible et à s’en tenir au niveau de force minimal requis dans les circonstances.

Plusieurs recommandations de l’enquête de coroner sur les décès de Reyal Jardine-Douglas, Sylvia Klibingaitis et Michael Eligon appuient l’idée d’une formation intégrée. Par exemple, la recommandation no 9 indique que le SPT et le MSCSC devraient « maximiser l’accent mis sur les techniques de désamorçage verbal dans tous les aspects de la formation policière offerte au Collège de police de l’Ontario, du programme annuel de formation en cours d’emploi offert au collège de police de Toronto et de la formation offerte par le SPT à l’échelon divisionnaire »[26]. Il a aussi été question du besoin de fournir une formation intégrée basée sur des mises en situation[27]. La Politique sur la prévention de la discrimination fondée sur les troubles mentaux et les dépendances de la CODP précise que, dans la mesure du possible, les organisations devraient offrir à leur personnel une formation sur les stratégies efficaces et appropriées de désescalade des conflits pouvant être employées quand les comportements liés au handicap d’une personne causent des difficultés[28].

Les formations basées sur des mises en situation devraient aussi faire la démonstration de stratégies de communication qui sont efficaces auprès des personnes ayant des troubles mentaux, y compris l’usage d’un langage, d’un ton et de gestes appropriés. En effet, l’emploi de stratégies de communication différentes pourrait être considéré comme une mesure d’adaptation aux déficiences des personnes ayant des troubles mentaux et a fait l’objet d’une recommandation par le jury chargé de l’enquête de coroner sur les décès de Reyal Jardine-Douglas, Sylvia Klibingaitis et Michael Eligon[29].

Certains termes, tons et gestes peuvent sembler plus menaçants aux yeux des personnes en situation de crise psychique et devraient être évités, à moins de risques sur le plan de la santé et de la sécurité. La Commission de la santé mentale du Canada cite des recherches laissant entendre que les formations aux stratégies de communication aux fins de désamorçage réduiront la fréquence des incidents avec recours à la force[30].

La CODP recommande également d’inclure à la formation une mise en contexte des réactions des personnes estimant qu’elles font l’objet de discrimination. Dans l’affaire Maynard v. Toronto Police Services Board, le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario se faisait l’écho du document de la CODP intitulé Politique et directives sur le racisme et la discrimination raciale (voir l’Annexe C) en indiquant ce qui suit[31] :

Chez les personnes racialisées ayant des raisons de croire qu’elles font l’objet d’un profilage racial, l’expérience est vraisemblablement troublante et susceptible de provoquer de la colère et l’adoption d’un ton agressif. Dans les circonstances, il faut user d’un certain degré de tact et de tolérance, et l’utilisation d’une certaine violence verbale ne saurait à son tour justifier la poursuite d’un traitement différent.

Les différents aspects de l’identité d’une personne, comme son origine ethnique et un trouble mental, sont susceptibles de jouer un rôle dans sa façon de réagir à une intervention policière. Certains nouveaux arrivants, et notamment les personnes originaires de pays gouvernés par un régime autoritaire, peuvent avoir des réactions négatives et des réflexes de peur devant des agents de police en uniforme[32]. Il convient donc d’apprendre aux agents que le vécu d’une personne peut influer sur ses réactions aux ordres de la police, et les agents devraient en tenir compte lors de l’évaluation des risques.

Le MSCSC devrait fournir aux services de police de l’Ontario des directives appropriées sur la formation des agents dans les secteurs des droits de la personne et de la santé mentale, du désamorçage des conflits, de la sensibilité et du recours à la force non fondé sur une stigmatisation et des préjugés. Ces secteurs d’apprentissage devraient être regroupés en une seule formation.

Comme c’est le cas de tout programme de formation en droits de la personne, la CODP recommande de revoir et d’évaluer convenablement la formation.

3) Élaboration de politiques et de procédures

La formation des agents devrait reposer sur des politiques et procédures appropriées en matière de services policiers. Au moment d’évaluer l’adéquation des efforts d’une organisation en vue de répondre aux allégations de discrimination et de harcèlement, il est pertinent de considérer si des politiques et des procédures convenables en matière de droits de la personne ont été adoptées. L’existence de telles politiques et procédures entre également en compte dans la détermination des ordonnances visant à se conformer au Code à l’avenir[33].

La CODP recommande aux services de police de l’Ontario d’élaborer des politiques et procédures pour veiller à ce que les stéréotypes à l’endroit des personnes ayant des problèmes de santé mentale ne se répercutent pas sur les décisions relatives au recours à la force des agents qui sont en contact avec des personnes aux prises avec des troubles mentaux ou des dépendances réels ou perçus. Le MSCSC devrait fournir des directives appropriées aux services de police de l’Ontario.

L’élaboration de politiques et de procédures sur le recours à la force et les préjugés/stéréotypes va dans le sens de la recommandation no 47 de Parce qu’on importe![34] :

Les services de police devraient élaborer des politiques et protocoles de maintien de l’ordre qui abordent les questions liées aux droits fondamentaux des personnes aux prises avec des troubles mentaux et des dépendances.

4) Collecte et transmission de données

Deux enquêtes de coroner précédentes se sont soldées par des recommandations sur la collecte de données liées au recours à la force par les services de police, dont l’usage d’armes à impulsions[35].

La CODP recommande d’étendre à l’échelle de la province la collecte de données sur les circonstances entourant le recours à la force par les services de police, et d’y inclure la collecte de données sur le recours à la force lors de contacts avec des personnes ayant des problèmes réels ou perçus de santé mentale ou de dépendance.

La collecte de données relatives aux droits de la personne peut, entre autres :

  • aider les organisations à repérer la discrimination systémique en temps opportun pour favoriser l’élimination des obstacles systémiques;
  • repérer les possibilités d’apprentissage et d’élaboration de politiques, de procédures et de mécanismes de reddition de comptes;
  • aider à évaluer les initiatives visant à réduire les préjugés à l’endroit des groupes protégés par le Code dans le contexte du maintien de l’ordre.

Au moment de recueillir des données, les services de police doivent se conformer aux principes de droits de la personne énoncés dans le guide de la CODP intitulé Comptez-moi! Collecte de données relatives aux droits de la personne (voir l’Annexe D).

Le SPT recueille déjà des données sur l’usage d’armes à impulsions et sur la perception des agents à l’endroit des sujets, c’est-à-dire s’il s’agit d’une personne « perturbée sur le plan émotif » ou donnant l’impression d’avoir pris de l’alcool et/ou d’autres drogues. Ces données sont rendues publiques dans un rapport annuel présenté à la Commission de services policiers de Toronto. Selon le Toronto Police Service Annual Report: Use of Conducted Energy Weapons de 2012, le service de police de Toronto a signalé 255 cas de recours à des armes à impulsions en 2012. De ceux-ci, 32,2 % mettaient en scène des personnes que les agents de police croyaient « perturbées sur le plan émotif ». En tout, 43,6 % des cas de recours aux armes à impulsions mettaient en scène des personnes que les agents de police croyaient « perturbées sur le plan émotif » ou « perturbées sur le plan émotif et sous l’emprise d’alcool et/ou d’autres drogues »[36].

Ces données soulèvent des préoccupations sur le plan des droits de la personne, car elles laissent entendre que les armes à impulsions sont utilisées de façon disproportionnée auprès des personnes ayant des problèmes réels ou perçus de santé mentale ou de dépendance. Selon le rapport du SPT, il serait faux de conclure que les armes à impulsions sont utilisées principalement auprès de personnes ayant des troubles mentaux, étant donné que moins de 30 % des cas de recours aux armes à impulsions visaient des personnes jugées appréhendables aux termes de la Loi sur la santé mentale.

Cependant, les critères d’appréhension de cette loi s’appliquent uniquement à un petit sous-groupe des personnes aux prises avec des troubles mentaux. De plus, du point de vue des droits de la personne, la collecte de données devrait porter sur la perception des agents, plutôt que sur le diagnostic véritable, étant donné que la perception des agents est plus pertinente lorsqu’il s’agit de déterminer si une situation constitue ou non un cas de discrimination. La CODP recommande donc au SPT d’examiner d’un œil critique les circonstances entourant le recours aux armes à impulsions auprès de personnes « perturbées sur le plan émotif » pour déterminer si les politiques ou procédures relatives à l’usage de la force et les armes à impulsions ont un effet préjudiciable sur les personnes qui ont ou donnent l’impression d’avoir des problèmes de santé mentale ou des dépendances.

La recommandation no 48 de Parce qu’on importe! prône l’expansion des activités de collecte de données[37] :

Les services de police devraient recueillir des données de façon à cerner tout cas de traitement inéquitable des personnes ayant des troubles mentaux ou des dépendances déclarés ou perçus, comparativement aux autres personnes.

La CODP recommande que tous les services de police de l’Ontario recueillent des données sur la perception des agents et notent toutes les données qui pourraient montrer que le recours aux armes à impulsions et à d’autres armes vise davantage les personnes ayant des troubles mentaux ou dépendances réels ou perçus. À ce chapitre, la CODP a l’appui de la recommandation no 4c de l’enquête de coroner sur les décès de Reyal Jardine-Douglas, Sylvia Klibingaitis et Michael Eligon, qui propose au MSCSC de modifier son formulaire sur le recours à la force afin d’améliorer la collecte de données d’analyse en y incluant « une section indiquant si l’usage de force impliquait un sujet qui, aux yeux de l’agent, avait un trouble mental ou était en état de crise émotive […] »[38].

Aux préoccupations concernant l’utilisation plus courante des armes à impulsions auprès des personnes ayant des troubles mentaux réels ou perçus s’ajoutent des préoccupations à l’égard d’une utilisation plus grande de ces armes auprès des Canadiennes et Canadiens d’origine africaine ou autochtone. Par exemple, un rapport publié par l’Alliance urbaine sur les relations interraciales indiquait que les communautés noires, en particulier, avaient l’impression qu’elles couraient un risque disproportionné de violence aux mains des services de police et que les personnes racialisées étaient plus susceptibles d’être tuées par la police[39].

Bien que les données disponibles sur la race et le recours à la force par les services de police soient limitées, certaines conclusions d’études canadiennes pourraient sembler préoccupantes du point de vue des droits de la personne. Par exemple, dans son étude intitulée Hidden intersections: research on race, crime, and criminal justice in Canada, le Dr Scot Wortley indique ce qui suit :

Par exemple, entre 1978 et 2000, nous avons pu repérer dans la couverture médiatique 34 incidents distincts d’utilisation d’armes à feu par la police ayant mené à des blessures graves ou au décès de citoyennes et citoyens ontariens. De ces cas, 19 (56 %) mettaient en scène des personnes noires, 10 (29 %) des personnes blanches et 5 (16 %) des personnes d’une autre origine raciale. Une analyse plus poussée montre que 13 (57 %) des 23 personnes tuées par balle par la police étaient noires. Bien que les chiffres soient peu élevés dans l’ensemble, il est troublant de constater que plus de la moitié des personnes tuées ou blessées par balle par la police étaient noires, surtout compte tenu du fait que les personnes noires ne représentent que 4 % de la population ontarienne totale. Il est extrêmement important de noter que tout examen des questions de recours à la force doit prendre en compte l’intersection cruciale de la race et de l’état de santé mentale[40].

Le Dr Wortley a recueilli de l’information sur l’ensemble des enquêtes menées par l’Unité des enquêtes spéciales (UES) entre le 1er janvier 2000 et le 6 juin 2006, a analysé les données et a présenté ses conclusions dans une étude effectuée pour le compte de l’African Canadian Legal Clinic (Clinique Juridique Africaine Canadienne) dans le cadre de la Commission d’enquête sur Ipperwash. L’UES est un organisme civil d’application de la loi, indépendant de la police, qui mène des enquêtes sur les incidents qui mettent en cause des agents de police et qui sont à l’origine de blessures graves ou de décès chez des civils. Selon le Dr Wortley, l’étude laissait entendre que les peuples autochtones et les Canadiennes et Canadiens d’origine africaine étaient « considérablement surreprésentés » dans les enquêtes de l’UES. Les peuples autochtones représentaient seulement 1,7 % de la population ontarienne mais 7,1 % des civils visés par les enquêtes de l’UES. De façon similaire, les Canadiennes et Canadiens d’origine africaine représentaient seulement 3,6 % de la population ontarienne mais 12,0 % des civils visés par les enquêtes de l’UES[41].

Le Dr Wortley fait également remarquer que, malgré la très faible quantité de données sur le recours à la force et la race au Canada, les données provenant des États-Unis montraient que les personnes racialisées, et plus particulièrement les hommes noirs, étaient surreprésentées dans les statistiques sur le recours à la force par les services de police. Les raisons de cette surreprésentation sont source de débats considérables[42].

La CODP recommande aux services de police de l’ensemble de la province de recueillir des données sur la race, la santé mentale (selon la perception des agents dans les deux cas) et le recours à la force d’une manière qui se conforme aux principes de droits de la personne mis de l’avant dans Comptez-moi!. Ces données devraient aussi inclure des renseignements sur le contexte de l’interaction, le dénouement de la situation et le niveau de force utilisée, de sorte qu’elles puissent servir à la surveillance de la discrimination systémique ou par suite d’un effet préjudiciable éventuel de l’usage de la force par les services de police. La CODP recommande également que les services de police s’inspirent des résultats de l’analyse pour apporter tout changement requis à leurs programmes de formation, politiques, procédures et mécanismes de reddition de comptes. Les données recueillies devraient être rendues publiques, dans un format accessible. La collecte accrue de données va aussi dans le sens des recommandations formulées dans le rapport Goudge, qui réclame la conduite d’« études à grande échelle sur le terrain fondées sur des populations, qui feraient intervenir la collecte uniforme et détaillée de renseignements sur les caractéristiques des sujets et sur les circonstances entourant les incidents de recours aux AI » afin de combler les lacunes actuelles sur le plan des connaissances relatives aux effets de l’usage des armes à impulsions sur différentes populations, y compris les personnes aux prises avec des troubles mentaux[43].

Le MSCSC devrait fournir des directives appropriées aux services de police de l’Ontario à ce chapitre.

5) Équipes d’intervention en cas d’urgence

Au moins trois enquêtes de coroner ont recommandé à la police d’étendre les activités des équipes d’intervention en cas d’urgence (ÉICU) afin qu’elles fournissent des services aux personnes ayant des problèmes de santé mentale[44]. L’enquête de coroner sur les décès de Reyal Jardine-Douglas, Sylvia Klibingaitis et Michael Eligon abondait dans le même sens. Le jury a formulé trois recommandations à propos des ÉICU, y compris la formation d’un « comité consultatif permanent », le prolongement de leurs heures d’activité et l’identification des agents qui font actuellement ou ont fait par le passé partie des ÉICU[45].

À la suite du décès de Michael Eligon, le SPT, en partenariat avec le Toronto East General Hospital, s’est engagé à accélérer la mise en œuvre d’une ÉICU dans l’est de Toronto. Le lancement de l’ÉICU de l’est de Toronto (divisions 54 et 55) a eu lieu le 7 mars 2013[46].

La disponibilité des ÉICU s’est accrue dans la ville de Toronto. En mai 2014, deux divisions de police à North York ont accueilli des ÉICU en leur sein. À l’heure actuelle, des ÉICU sont disponibles dans 14 des 17 divisions de police à Toronto, mais elles ne sont pas en activité après 23 h. Selon le SPT, les heures d’exploitation des ÉICU sont fonction des heures auxquelles le service de police reçoit le plus grand volume de demandes de services impliquant des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale ou en état de détresse émotive. De plus, les ÉICU n’interviennent pas auprès des personnes sous l’emprise de l’alcool ou d’autres drogues, des personnes violentes ou armées, ou des personnes en état de surdose[47].

Le CODP recommande que les ÉICU ou des agents possédant une formation et des compétences similaires soient en activité jour et nuit, sept jours par semaine, de sorte que la police puisse fournir des services équitables et appropriés aux personnes ayant des problèmes de santé mentale. Cela importe particulièrement compte tenu du lien observé entre la pauvreté, le manque de logement abordable, l’itinérance et la santé mentale. Par exemple, des études ont démontré que les personnes ayant des problèmes de santé mentale sont surreprésentées au sein de la population sans abri et que leur vulnérabilité à la pauvreté est disproportionnée[48].

La CODP recommande également d’étendre la clientèle cible des ÉICU, en y incluant, entre autres, les personnes munies d’« armes tranchantes », tout en protégeant la santé et la sécurité des membres de ces unités qui sont issus de la population civile. La clientèle cible devrait aussi être élargie de façon à inclure les personnes qui sont sous l’emprise de l’alcool et/ou en état de surdose. Les personnes aux prises avec des problèmes de dépendance ont aussi le droit d’avoir accès aux services de police sans faire l’objet d’une discrimination au sens où l’entend le Code.

Le MSCSC devrait fournir aux services de police de l’Ontario des directives appropriées.

6) Utilisation de l’expression « personne perturbée sur le plan émotif » (« emotionally disturbed person »)

L’expression « personne perturbée sur le plan émotif » (« emotionally disturbed person ») » est couramment utilisée par les services de police pour décrire les personnes qui pourraient subir les effets d’un trouble mental ou d’un autre type de crise émotionnelle.

Du point de vue des droits de la personne, les expressions utilisées pour décrire les gens importent beaucoup. Les expressions utilisées pour décrire les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale ou des dépendances peuvent rabaisser les gens et refléter des points de vue ou stéréotypes négatifs sous-jacents, ou encore promouvoir l’acceptation, l’inclusion et les droits de la personne. Dans le contexte des handicaps, il est toujours préférable de faire référence à la personne avant son handicap[49].

L’étiquette « personne perturbée sur le plan émotif » s’accompagne de stigmates. Par exemple, dans les établissements scolaires du Maryland, l’étiquette « perturbé sur le plan émotif » a été rejetée en raison de la stigmatisation qui l’entourait[50]. Des organisations comme l’Association of University Centers on Disabilities (AUCD) recommandent aussi l’abandon de l’expression « personne perturbée sur le plan émotif » (« emotionally disturbed person ») au profit d’un langage qui fait intervenir la personne avant tout, comme « personne qui a un trouble affectif » (« person who has an emotional disability »)[51]. Il pourrait aussi être préférable d’utiliser des expressions qui reconnaissent le caractère potentiellement situationnel du comportement (p. ex., « personne en état de crise affective »).

La CODP recommande d’abandonner l’expression ou l’étiquette « personne perturbée sur le plan émotif » au profit d’une nouvelle expression qui mette l’accent sur le comportement, et non sur la personne, et évite d’inclure un langage stigmatisant comme « perturbé ». La nouvelle terminologie devrait être élaborée en consultation avec des groupes d’usagers/de survivants et d’autres parties prenantes. La CODP recommande également que les services de police de l’ensemble de l’Ontario prennent des mesures pour veiller à ce que l’étiquette « personne perturbée sur le plan émotif » ou toute autre expression retenue n’affecte pas les services que la personne aux prises avec des problèmes de santé mentale reçoit des services de police.

7) Modèle de recours à la force de l’Ontario

L’Association canadienne pour la santé mentale a fait remarquer que le modèle provincial de recours à la force ne tient pas compte du fait que certains symptômes de trouble mental, comme les hallucinations et les délires, peuvent donner l’impression que les personnes en état de crise mentale ne veulent pas coopérer[52]. Dans un tel cas, les agents de police pourraient percevoir un risque accru d’atteinte à la sécurité publique, qu’ils utiliseraient pour justifier le recours à une force supérieure. Compte tenu des préoccupations à l’égard de l’usage disproportionné de force auprès de personnes ayant des troubles mentaux réels ou perçus, et de l’intersection de ce motif et du motif de la race, la CODP recommande au MSCSC de revoir le modèle de recours à la force de l’Ontario.

Cela exigerait d’examiner, du point de vue des droits de la personne, l’influence que peuvent exercer les préjugés et les stéréotypes à propos des personnes ayant des problèmes de santé mentale, y compris les personnes racialisées ou autochtones ayant de tels problèmes, sur les processus de prise de décision. Cet examen devrait aussi tenir compte des effets préjudiciables du modèle de recours à la force sur les personnes ayant des troubles mentaux afin d’y inclure des mesures qui n’entraînent pas de préjudice injustifié mais minimisent les effets négatifs. L’examen pourrait comprendre l’intégration de connaissances sur la fausse impression d’accroissement des risques pour la sécurité publique que donnent certains symptômes de troubles mentaux. Le MSCSC pourrait modifier le modèle de recours à la force en conséquence, tout en reconnaissant la nature subjective des décisions des agents de police en matière de recours à la force. Cela va dans le sens de la recommandation no 47 de Parce qu’on importe! et des recommandations d’enquêtes de coroner passées[53].

Conclusion

Notre société commence à peine à résoudre les défis que présentent les questions de santé mentale et à apprendre comment intervenir de la meilleure façon possible. Les agents de police de première ligne, qui doivent prendre des décisions en un rien de temps, font face à une tâche énorme. Plus nous en savons toutes et tous sur les questions de santé mentale, et mieux nous arriverons à intervenir.

Bon nombre des recommandations formulées dans ce mémoire n’ont rien de nouveau. Beaucoup d’entre elles ont fait l’objet de discussions et de suggestions et, honnêtement, ont été écartées ou mises en œuvre partiellement. Il est temps d’aller de l’avant. Le bien-être des agents de police et des personnes aux prises avec des troubles mentaux qu’ils desservent en dépend.


[1] Commission ontarienne des droits de la personne. Parce qu’on importe! Rapport de la consultation sur les droits de la personne, les troubles mentaux et les dépendances, 2012, p. 25. En ligne sur le site de la Commission ontarienne des droits de la personne, à l’adresse http://www.ohrc.on.ca/fr/parce-qu%E2%80%99-importe [« Parce qu’on importe! »].

[2] Ibid., p. 32.

[3] Ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels. Améliorer la sécurité du public et des agents de police. L’Ontario permettra aux services de police de fournir des armes à impulsions à leurs agents, le 27 août 2013. En ligne sur le site du gouvernement de l’Ontario, à l’adresse http://news.ontario.ca/mcscs/fr/2013/08/ameliorer-la-securite-du-public-et-des-agents-de-police.html.

[4] Coleman, Terry G. et Dre Dorothy Cotton. Understanding Mental Illness: A Review and Recommandations for Police Education & Training in Canada, juillet 2010. En ligne sur le site du Comité de coordination des services à la personne et des services juridiques, à l’adresse http://www.hsjcc.on.ca/Resource%20Library/Policing/Training%20Resources/Understanding%20Mental%20Illness%20-%20A%20Review%20and%20Recommendations%20for%20Police%20Education%20and%20Training%20in%20Canada%20-%202010.pdf.

[5] Le rapport intitulé Toronto Police Service Annual Report: 2011 Use of Conducted Energy Weapons indique (à la page 57) ce qui suit : « Des 222 incidents de recours à une arme à impulsions, 28,8 % impliquaient des personnes que les agents croyaient perturbées sur le plan émotif. Cette proportion passait à 41,9 % lorsqu’on ajoute les cas d’incidents impliquant des personnes qu’on croyait aux prises avec les effets combinés d’une perturbation affective/d’un trouble mental et de la consommation d’alcool ou d’autres drogues » [traduction libre].

[6] Beth Angell et coll. « Crisis Intervention Teams and People with Mental Illness: Exploring the Factors that Influence Use of Force », Crime and Delinquency, vol. 58, no 1, 2012, p. 58 et 59. En ligne sur le site de Sage Journals, à l’adresse http://cad.sagepub.com/content/58/1/57.full.pdf [« Équipes d’intervention en cas d’urgence »]. Voir aussi Association canadienne pour la santé mentale. Conducted Energy Weapons (Tasers) Policy Position (2008), p. 2. En ligne sur le site de l’Association canadienne pour la santé mentale – Ontario, à l’adresse http://ontario.cmha.ca/public_policy/conducted-energy-weapons-tasers/#.UgkXaD9-SUk [« Position stratégique de l’ACSM-Ontario sur l’usage d’armes à impulsions »].

[7] Colombie-Britannique, Office of the Police Complaints Commissioner. Taser Technology Review and Interim Recommendations, septembre 2004. En ligne, à l’adresse : http://www.llbc.leg.bc.ca/public/pubdocs/bcdocs/371731/taser_tech_2004.pdf.

[8] Temitope Oriola, Nicole Neverson et Charles T. Adeyanju. « “They should have just taken a gun and shot my son”: Taser deployment and the downtrodden in Canada », Social Identities, vol. 18, no 1, 2012, p. 65.

[9] Conseil des académies canadiennes et Académie canadienne des sciences de la santé. Effets sur la santé de l’utilisation des armes à impulsions, Comité d’experts sur les incidences médicales et physiologiques de l’utilisation des armes à impulsions, 2013, p. 54. En ligne sur le site du Conseil des académies canadiennes, à l’adresse http://www.cahs-acss.ca/wp-content/uploads/2013/10/CofCA_13-151_CEW_Book_F_New-Font_WEB_v2.pdf [« Rapport Goudge »].

[10] Jardine-Douglas, Klibingaitis, Eligon (Re), Verdict of the Coroner’s Jury (février 2014), recommandation no 2 [« Eligon Jury Verdict »].

[11] Ibid. Voir, par exemple, la recommandation no 14 : « Former des agents qui, dans la mesure du possible, se conforment aux mesures de protection des agents et membres du public et, lorsqu’ils interviennent auprès d’une personne brandissant une arme, prennent en considération le fait que la personne soit en état de crise ou non, ainsi que toute information pertinente sur son état plutôt que sur son seul comportement ». Voir aussi la recommandation no 16 : « Les agents doivent poursuivre leurs tentatives de désamorçage de la situation et se garder de tirer conformément aux mesures de protection des agents et membres du public ».

[12] Ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels. Manuel des normes policières : Usage de la force, section 18, novembre 2013. En ligne sur le site du ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels, à l’adresse http://www.ofm.gov.on.ca/stellent/groups/public/@mcscs/@www/@com/documents/webasset/ec081154.pdf.

[13] Équipes d’intervention en cas d’urgence, supra note 6, p. 29 et 58. Voir aussi Position stratégique de l’ACSM-Ontario sur l’usage d’armes à impulsions, supra note 6, p. 2.

[14] Ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels. Manuel des normes policières : Usage de la force, section 18. En ligne sur le site du ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels, à l’adresse http://www.ofm.gov.on.ca/stellent/groups/public/@mcscs/@www/@com/documents/webasset/ec081154.pdf.

[15] Colombie-Britannique, Braidwood Commission on Conducted Energy Use. Restoring Public Confidence: Restricting the Use of Conducted Energy Weapons in British Columbia-Phase 1 Report, Victoria, BC Solutions, 2009, p. 15-17. En ligne sur le site de Braidwood Inquiry, à l’adresse www.braidwoodinquiry.ca/report/P1Report.php.

[16] Eligon Jury Verdict, supra note 10, recommandation no 29.

[17] Ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels. Résumé de l’expansion de l’autorisation d’usage d’armes à impulsions en Ontario, le 27 août 2013. En ligne sur le site du ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels, à l’adresse http://www.mcscs.jus.gov.on.ca/french/police_serv/TasersetLesarmesaimpulsions/CEW_main_fr.html.

[18] Vass (Re), 2006 CanLII 81574 (ON OCCO) [« Vass »]; Rotolo (Re), 2010 CanLII 99929 (ON OCCO) [« Rotolo »]; Jones (Re), 2012 CanLII 66783 (ON OCCO) [« Jones »].

[19] Parce qu’on importe!, supra note 1, p. 118.

[20] Service de police de Toronto, Toronto Police Service Annual Report: 2012 Use of Conducted Energy Weapons, mars 2013, p. 98 [« Rapport annuel de 2012 du SPT sur le recours aux armes à impulsions »].

[21] Service de police de Toronto, Toronto Police Response to Emotionally Disturbed Persons 2013, 2013. En ligne sur le site du service de police de Toronto, à l’adresse www.torontopolice.on.ca/community/tps_response_to_edp.pdf.

[22] Commission ontarienne des droits de la personne, Politique sur la prévention de la discrimination fondée sur les troubles mentaux et les dépendances, p. 31. En ligne, à l’adresse : http://www.ohrc.on.ca/fr/politique-sur-la-pr%C3%A9vention-de-la-discrimination-fond%C3%A9e-sur-les-troubles-mentaux-et-les-d%C3%A9pendances [« Politique sur les troubles mentaux »].

[23] Ibid., p. 31 et 32.

[24] 2007 HRTO 14, par. 209 (CanLII).

[25] Coleman, Terry G. et Dre Dorothy Cotton. Interaction de la police avec les personnes atteintes de maladies mentales : éducation des policiers au sein de l’environnement contemporain des forces policières, rapport préparé pour le compte du Comité consultatif sur la santé mentale et la loi de la Commission de la santé mentale du Canada, 2010. En ligne sur le site de la Commission de la santé mentale du Canada, à l’adresse http://www.mentalhealthcommission.ca/Francais/document/1798/interactions-de-la-police-avec-les-personnes-atteintes-de-maladies-mentales-%C3%A9ducation-?terminitial=24 [« CSMC, éducation des policiers »].

[26] Eligon Jury Verdict, supra note 10, recommandation no 9.

[27] Ibid. Voir, par exemple, les recommandations no 11 et 20.

[28] Politique sur les troubles mentaux, supra note 22, p. 71.

[29] Ibid., recommandation no 10 : « En ce qui a trait aux situations impliquant des personnes perturbées sur le plan émotif en possession d’une arme tranchante : a. si la personne ne réagit pas aux ordres policiers initiaux habituels (c’est-à-dire "arrêtez", "ne bougez plus", "lâchez votre arme"), enseigner aux agents de cesser de simplement répéter leurs ordres et de tenter plutôt différentes stratégies de désamorçage verbal de la situation […] ».

[30] CSMC, éducation des policiers, supra note 25, p. 45, 46, 64, 73-76 et 80-81.

[31] 2012 HRTO 1220, par. 154 (CanLII).

[32] Politique sur les troubles mentaux, supra note 22, p. 24.

[33] Wall v. University of Waterloo (1990), 27 C.H.R.R. D/44 (Ont. Bd. Inq.); Laskowska v. Marineland Inc., 2005 HRTO 30 (CanLII).

[34] Parce qu’on importe!, supra note 1, p. 118.

[35] Vass, supra note 18, recommandation no 4 : « Le ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels devrait s’efforcer de sensibiliser les membres du public aux statistiques sur le recours aux Tasers. Ces statistiques devraient être rendues publiques, de façon accessible ». Firman (Re), 2013 CanLII 69541 (ON OCCO) [« Firman »], recommandation no 17 : « Élaborer une base de données centrale de collecte de données sur le recours aux armes à impulsions et les autres options en matière de recours à la force dans le but d’obtenir des statistiques sur des questions connexes, comme les blessures et décès ».

[36] Rapport annuel de 2012 du SPT sur le recours aux armes à impulsions, supra note 20.

[37] Parce qu’on importe!, supra note 1, p. 118.

[38] Eligon Jury Verdict, supra note 10, recommandation no 4c.

[39] Alliance urbaine sur les relations interraciales. Saving Lives: Alternatives to the Use of Lethal Force by Police, 2002, p. 17. En ligne sur le site de l’Alliance urbaine sur les relations interraciales, http://urbanalliance.files.wordpress.com/2012/05/savinglivesreport.pdf.

[40] Wortley, Scot. « Hidden Intersections: Research on Race, Crime, and Criminal Justice in Canada », Canadian Ethnic Studies Journal, vol. 35, no 3, 2003, p. 99-117.

[41] Wortley, Scot. Police use of Force in Ontario: An Examination of Data from the Special Investigations Unit, Final Report, projet de recherche mené au nom de l’African Canadian Legal Clinic (Clinique Juridique Africaine Canadienne) à des fins de soumission à la Commission d’enquête sur Ipperwash, 2006, p. 37. En ligne, à l’adresse : www.attorneygeneral.jus.gov.on.ca/inquiries/ipperwash/policy_part/projects/pdf/AfricanCanadianClinicIpperwashProject_SIUStudybyScotWortley.pdf.

[42] Ibid., p. 6-12.

[43] Rapport Goudge, supra note 9, p. x-xi.

[44] Firman, supra note 35; Jones, supra note 18; Rotolo, supra note 18.

[45] Eligon Jury Verdict, supra note 10, recommandations nos 33, 34 et 35.

[46] Rush, Curtis. « Mobile crisis intervention team at Toronto East General to be "fast-tracked" », Toronto Star, 26 septembre 2013. En ligne sur le site du Toronto Star, à l’adresse www.thestar.com/news/gta/2012/09/26/mobile_crisis_intervention_team_at_toronto_east_general_to_be_fasttracked.html.

[47] Service de police de Toronto, « Mobile Crisis Intervention Teams (MCIT) ». En ligne, à l’adresse : www.torontopolice.on.ca/community/mcit.php. Gillis, Wendy, « Toronto police expand mobile crisis intervention program into North York », Toronto Star (5 mai 2014). En ligne sur le site du Toronto Star, à l’adresse www.thestar.com/news/crime/2014/05/05/toronto_police_expand_mobile_crisis_intervention_program_into_north_york.html.

[48] Parce qu’on importe!, supra note 3, p. 49-54. Commission ontarienne des droits de la personne. Le droit au logement : Rapport de consultation sur les droits de la personne en matière de logements locatifs en Ontario, 2008, p. 90-92. En ligne sur le site de la Commission ontarienne des droits de la personne, à l’adresse http://www.ohrc.on.ca/sites/default/files/attachments/Right_at_home%3A_Report_on_the_consultation_on_human_rights_and_rental_housing_in_Ontario_fr.pdf. Voir aussi : Commission de la santé mentale du Canada. Le logement : la clé du rétablissement – Évaluation des besoins en matière de logement et de services connexes des personnes ayant des problèmes de santé mentale ou une maladie mentale, 2013, p. 11. En ligne sur le site de la Commission de la santé mentale du Canada, à l’adresse http://www.mentalhealthcommission.ca/Francais/node/1826?terminitial=41; Pivot Legal Society v. Downtown Vancouver Business Improvement Association and another (No. 6), 2012 BCHRT 23, par. 565 et 595 (CanLII).

[49] Par conséquent, il est préférable d’utiliser l’expression « personne ayant un trouble mental » plutôt que « personne perturbée sur le plan émotif ».

[50] Saval, Karla. « The Student Stigma Act: Changing “Emotional Disturbance” to “Emotional Disability” », A Special Edition (2012), Maryland State Department of Education. En ligne, à l’adresse : www.bluetoad.com/article/Student_Stigma_Bill/1070533/112686/article.html.

[51] Association of University Centers on Disabilities, Portrayal of People with Disabilities. En ligne, à l’adresse : www.aucd.org/template/page.cfm?id=605.

[52] Position stratégique de l’ACSM-Ontario sur l’usage d’armes à impulsions, supra note 6, p. 2.

[53] Parce qu’on importe!, supra note 1, p. 136; voir, par exemple, la recommandation no 12 de Jones, supra note 18.